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Les Tables Rondes de Funds Magazine : Mid & small cap, une classe d’actifs bien placée pour profiter de la relance ?

Les marchés actions ont fait preuve de résilience en 2020, en dépit d’une crise sans précédent. Dans ce contexte, les mid & small caps ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu au cours de la seconde partie de l’année.

  • Quel bilan peut-on faire de l’année écoulée pour les midcaps et les small caps ?
  • Comment expliquer la surperformance par rapport aux large caps sur la fin de l’année ?
  • Quels sont les atouts de la classe d’actifs dans le contexte actuel ? Les facteurs de soutien ?
  • Quid de l’impact des plans de relance sur les valeurs moyennes ? Qu’apporte la création du nouveau label Relance ?
  • Quels sont les risques à court et moyen terme ? Quid des valorisations ?
  • Quels sont les thèmes ou les secteurs les plus attractifs ?
  • Comment mettre en œuvre l’intégration des critères ESG et une approche responsable dans cet univers d’investissement ?

Quel bilan faites-vous de l’année écoulée pour les mid & small caps ? Comment s’est comporté ce segment de la cote durant la correction des marchés et par la suite ?

Raphaël Moreau
L’année 2020 avait débuté avec un niveau de valorisation assez faible pour la classe d’actifs. Durant le premier trimestre, à l’instar des grandes valeurs, les cours de Bourse des mid & small caps ont chuté d’un tiers. Ces dernières n’ont donc pas sous-performé le CAC 40 ou les grands indices européens, ce qui est assez notable car, en période de krach, les small caps ont tendance à amplifier la baisse en raison des flux. Par la suite, il y a eu un fort rebond suivi d’une accélération en fin d’année. En France, par exemple, l’indice CAC Small a terminé l’année en hausse de 7 %, contre – 7 % pour le CAC 40, tandis que, en Europe, le MSCI Europe Small progresse de 5 %, contre – 5 % pour l’Euro Stoxx 50.

Comment expliquez-vous la résistance au moment du krach alors que, habituellement, ce segment de la cote amplifie la baisse ?

Raphaël Moreau
Ce segment de la cote avait souffert d’une désaffection des investisseurs durant les deux années précédentes. Les flux étaient régulièrement négatifs. Début 2020, les investisseurs n’étaient pas positionnés sur les petites valeurs, donc celles-ci n’ont pas subi de vagues de retraits importantes comme cela avait pu être le cas durant les crises précédentes.

Benjamin Rousseau
2018 et 2019 ont été deux années consécutives de décollecte sur les mid & small caps et de sous-performance par rapport aux grandes valeurs, ce qui est assez unique quand on observe le comportement de la classe d’actifs sur longue période. En matière de décollecte, il était difficile d’aller plus bas. Ainsi, au plus fort de la crise, en mars, il n’y a pas eu de décollecte majeure, ce qui en soi était un signal très positif, car cela signifiait qu’il n’y avait plus ce mouvement d’aversion au risque qui avait pu peser en 2018 et 2019. Jusqu’à fin octobre, les petites valeurs se sont comportées légèrement mieux que les grandes et, à partir de novembre, le scénario de sortie de crise qui s’est esquissé a véritablement signé le retour de l’appétit au risque chez les investisseurs : dans un tel contexte, les small caps, qui recèlent toujours de très belles histoires fondamentales, ont tiré leur épingle du jeu. Globalement, l’année 2020 a été très favorable aux gestions de stock picking. Il n’y a pas eu de décollecte sur notre classe d’actifs, et il y a eu, certes, de la volatilité, mais avec un « fly to quality » qui a bénéficié aux « stock pickers ». De plus, le thème de la digitalisation, qui s’est imposé avec cette crise du Covid-19, est bien représenté dans cet univers d’investissement riche en innovations.

Nelly Davies
L’année 2020 a salué la thématique croissance sur les premiers mois, aussi bien sur les grandes valeurs que sur les mid & small caps, avec une forte surperformance des secteurs de la santé et de la technologie, notamment. Au fur et à mesure que nous approchions de la fin d’année, il y a eu un retour de confiance des investisseurs, qui se sont davantage projetés sur l’après-Covid. Les segments les plus cycliques et industriels ont pris le relais, avec une forte surperformance qui explique aussi le bon comportement de la classe d’actifs en 2020. Ces valeurs très sensibles au cycle économique sont en effet largement représentées dans ce segment de marché.

Frédérique Caron
Nous croyons beaucoup à la progression des bénéfices nets par action comme moteur de croissance en Bourse. Il s’est passé en 2020 ce qui se passe habituellement sur les marchés en plusieurs trimestres, voire plusieurs années : quand il y a eu des craintes concernant la crise économique, avec une entrée brutale en territoire négatif comme en février et mars, les petites et moyennes valeurs européennes ont fortement baissé, un peu plus que les indices généraux, mais il n’y a pas eu de phénomène de liquidité, ce qui a limité la sous-performance. Il y a ensuite eu un rebond très fort quand les marchés ont commencé à envisager l’année 2021 avec la perspective d’une relance économique, phénomène qui profite généralement aux mid & small caps. Un certain nombre de valeurs cycliques ont permis de tirer la performance de la classe d’actifs.

Aymeric Lang
En prenant en compte les prévisions des analystes, nous constatons que les small caps ont été davantage touchées que les large caps en matière de révision des bénéfices par action, avec une baisse attendue de près de 60 % en 2020. Mais, sur 2021 et 2022, le rebond sera plus marqué, selon les anticipations des analystes. De sorte que les small caps seront les premières à tourner la page de cette crise, avec une hausse attendue des bénéfices par action supérieure à 15 % entre 2019 et 2022, contre moins de 10 % pour les grandes valeurs. Cela montre leur capacité de rebond et explique cette surperformance au quatrième trimestre. Les 10 points de surperformance entre le CAC Small et le CAC 40 datent de la fin de l’année.

Comment définissez-vous cet univers d’investissement ? Les fonds que vous gérez sont-ils plutôt mid ou small caps ? Quelles sont les caractéristiques de ces valeurs ?

Benjamin Rousseau
Chaque maison a sa propre définition des mid, small ou microcaps. Chez Cogefi Gestion, nous considérons que, en dessous de 150 millions d’euros de capitalisation boursière, il s’agit de microcaps. Les small caps se situent entre 150 millions et 1 milliard d’euros, et les midcaps entre 1 et 4 milliards d’euros. Nous gérons deux fonds, l’un plutôt micro & small caps, et l’autre investi dans les mid & small caps, qui se sont très bien comportés en 2020. J’ajouterais que, plus on va vers les microcaps, plus on est sur un marché de spécialistes, peu sensible aux phénomènes de rotations sectorielles

Nelly Davies
Il faut bien avoir en tête que le segment des microcaps, dont les capitalisations boursières sont inférieures à 150 millions d’euros, comporte des biais sectoriels importants, avec notamment une forte représentation des biotechs, dont les cours ont littéralement explosé sur la deuxième partie de l’année. Ce qui explique aussi le bon comportement des microcaps par rapport aux mid ou small caps, y compris depuis le début de l’année.

Aymeric Lang
Nos bornes sont plus larges chez Erasmus Gestion que celles définies précédemment : jusqu’à 3 milliards d’euros de capitalisation boursière pour notre fonds investi dans les small caps, et entre 3 et 15 milliards pour les midcaps.

Raphaël Moreau
Notre fonds Sextant PME investit dans des sociétés éligibles au PEA-PME, donc de capitalisation boursière inferieure à 1 milliard d’euros.

Frédérique Caron
Il y a autant de définitions que de maisons de gestion. Pour notre part, nous nous référons à la classification Morningstar des seuils de marchés, actuellement de 400 millions à 2 milliards pour les small caps et de 2 à 10 milliards pour les midcaps.

 

 

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